«Neuer Anfang» : une initiative qui promeut la transparence

Avez-vous lu les documents originaux des différents forums du « chemin synodal » ? Si la réponse est « non », ne vous inquiétez pas : vous êtes en excellente compagnie ! Très peu de catholiques en Allemagne, et encore moins dans le monde entier, ont réussi à se frayer un chemin au milieu des montagnes de documents qui ont été présentés et adoptés dans ce cadre au nom d’une « réforme » bien souvent évoquée. Bien qu’on soit censé y discuter des aspirations « des croyants », et de leurs désirs de réformes, seul un petit nombre de catholiques est associé dans les faits aux débats. Un nombre non négligeable de catholiques s’en détournent car ils ne veulent y être mêlés en rien.

Dans le même temps, il existe un désaccord dans les médias et le discours public – y compris et surtout parmi les théologiens – autour de ce qui est décidé par le « chemin synodal ». Est-ce encore compatible avec la doctrine catholique ? Le supposé projet de réforme du « chemin synodal » conduit-il l’Église allemande vers un schisme?

Les uns mettent en garde, les autres tempèrent

Le débat allemand ne restera pas sans conséquences sur l’Église universelle. Il est donc d’autant plus important que tous sachent ce que le « chemin synodal » compte voter. Dans le monde entier, le monde catholique est inquiet à ce sujet, comme en témoignent les nombreuses lettres et mises en garde envers l’Allemagne venues de Rome mais aussi de l’Église universelle. En règle générale, ces lettres ne reçoivent pas de réponse, ou alors seulement au travers de propos enjolivant la réalité ou cherchant à dédramatiser.

La transparence par la présentation d’extraits des textes originaux

Nous sommes le fruit d’une initiative portée par des catholiques et nous avons décidé d’apporter de la lumière dans l’opacité des innombrables « textes fondamentaux » et « textes pour l’action ». Tout le monde n’a pas le temps, et encore moins une connaissance suffisante de la matière, pour entrer dans ces documents. C’est pourquoi nous avons fait un travail de synthèse, pour vous et pour toutes les personnes intéressées, tant sur le texte d’orientation que pour les quatre forums du « chemin synodal », en établissant pour chacun d’eux les sujets importants et les citations correspondantes, le tout traduit en plusieurs langues (espagnol, anglais, italien, français). Nous laissons les textes parler d’eux-mêmes, ce qui apporte plus de clarté et de transparence que les interprétations médiatiques qui circulent et sont largement diffusées. Et nous évaluons les textes de manière simple, avec pour référence l’enseignement de l’Église en vigueur aujourd’hui. Découvrez ainsi de manière accessible ce que le « chemin synodal » est vraiment en train de décider !

Vous trouverez ci-après une introduction à la thématique, et, pour chacun des documents, des extraits commentés accompagnés du lien renvoyant vers le texte intégral téléchargeable en PDF. Vous pouvez bien entendu partager tout cela autour de vous et nous vous encourageons à le faire!

 

Texte d’orientation du « chemin synodal » : « Sur le chemin de la conversion et du renouveau. Fondements théologiques du chemin synodal de l’Eglise catholique en Allemagne »

(Texte approuvé lors de l’assemblée synodale du 3 février 2022)

Dans la constitution dogmatique sur la Révélation divine Dei Verbum du Concile Vatican II, le magistère suprême de l’Église a exposé la doctrine à suivre au sujet de la Révélation, en intégrant toute la tradition, notamment le Concile de Trente et le Concile Vatican I. L’exposé de cette doctrine n’est certes pas un dogme au sens formel du terme, mais il présente un caractère hautement engageant en tant qu’acte du magistère suprême et témoignage d’une tradition doctrinale ininterrompue.

De cet exposé magistériel découle une architecture de la doctrine de la connaissance théologique, reflet de ce caractère contraignant.

D’une manière générale, on peut dire que le texte d’orientation du « chemin synodal » dissout cette architecture et en déplace le fondement. Une lecture simple du texte permet d’entrevoir quel est le but de ce déplacement : préparer la révision de la doctrine chrétienne en nommant sources de la Révélation des réalités — « l’histoire », les « signes des temps » – qui dépassent la Révélation réalisée en plénitude, de manière achevée et définitive, en Jésus Christ. (cf. Dei Verbum 4 et 2).

De plus, l’unité de l’Écriture, de la Tradition et du Magistère, qui est déterminante pour Dei Verbum (cf. n. 10), est rompue. Ce faisant, le fait que le Magistère ait un rôle d’interprétation qui est le seul contraignant en dernier ressort concernant la Parole de Dieu est ignoré.

En fin de compte, on ne peut que constater le fait que le texte est en rupture avec des points centraux de l’enseignement magistériel suprême de Dei Verbum. Il le fait clairement sur le fond, mais pas ouvertement. Il dissimule ce fait sous un langage en apparence traditionnel. Il est par conséquent nécessaire d’analyser précisément les orientations présentes dans ce texte.

Un point déterminant est la dissolution, dans le texte d’orientation (au numéro 10 et à d’autres endroits) de l’unité entre Ecriture, Magistère et Tradition exposée au paragraphe 10 de Dei Verbum. A l’opposé de ce paragraphe, le Magistère est séparé de l’Ecriture et de la Tradition, subordonné au sensus fidei des croyants, aux signes des temps et rangé enfin dans la théologie. Ce déplacement fondamental détermine toute l’architecture du texte d’orientation. Il ne s’agit donc pas d’une imprécision mais clairement d’une option fondamentale.

En raison de leur prétendue capacité à participer à la Révélation, les « signes des temps » sont concrètement présentés dans le texte comme des sources de connaissance véritables, voire normatives, pour la formation de la doctrine, dans lesquelles la volonté de Dieu peut être reconnue. C’est ce que confirme de manière l’interprétation assurément autorisée donnée par Mgr Georg Bätzing, au sujet de ce texte d’orientation, dans sa querelle avec le cardinal Koch. On ne peut que constater que la formulation qu’il emploie est clairement en conflit avec l’affirmation de l’achèvement de la Révélation par Jésus Christ (Dei Verbum 4, 2).

Par la dissolution du lien entre l’Écriture, le Magistère et la Tradition, l’Écriture et la Tradition sont rendues équivoques, ce qui est d’ailleurs clairement indiqué dans le texte d’orientation. La détermination contraignante de leur signification y est déplacée du Magistère vers les théologiens. La question « Quis judicat ? » trouve plus ou moins ouvertement sa réponse dans la théologie académique. Car cette dernière est aussi l’interprète du sensus fidei et des signes des temps

Dans tout le texte, c’est presque exclusivement la fonction de témoignage du Magistère qui apparaît. Sa capacité à prendre des décisions contraignantes et faisant autorité, par exemple en cas de conflit, ne joue fondamentalement aucun rôle, pas plus que l’idée d’une forme magistérielle contraignante se fondant sur des décisions considérées comme le point de départ et de référence à partir desquels se déploient des développements et approfondissement légitimes.

Là encore c’est une indication sur le fonctionnement pratique du texte. Préparant la révision de la doctrine chrétienne, il n’approfondit pas le contenu magistériel formulé jusqu’à ce jour, mais le nie – on peut prendre comme exemple l’anthropologie, la morale sexuelles, la doctrine du mariage ou celle de l’épiscopat.

Citations extraites du texte original (les numéros correspondent aux numéros des paragraphes de la version allemande)

(10) « Parmi les « lieux » les plus importants de la théologie se trouvent l’Écriture Sainte et la Tradition, les signes des temps et le sens de la foi du peuple de Dieu, le Magistère et la théologie. Aucun lieu ne peut remplacer les autres ; tous ont besoin d’être différenciés et reliés les uns par rapport aux autres. Tous ces « lieux » sont à découvrir et à relier entre eux de manière nouvelle à chaque époque, de sorte que la fidélité à la promesse de Dieu puisse renouveler la foi de l’Église de génération en génération. Chacun de ces lieux recèle à tout moment un excédent de promesses qui ne peut pas être réduit par d’autres « lieux » et d’autres « temps » mais peut au contraire être renforcé par eux. »

(30) « Les réformes sont une partie intégrante de la Tradition : la liturgie évolue, la doctrine se développe, la Caritas se déploie. Dans sa dynamique, la Tradition est le processus qui consiste à évaluer la forme actuelle de l’Eglise et de la foi pour la recevoir et la façonner de manière toujours nouvelle comme un don de Dieu. La Tradition de l’Église est ouverte aux nouvelles découvertes, compréhensions de la réalité, expériences, qui constituent des défis à la foi transmise et exigent de nouvelles réponses qui témoignent plus profondément de la vérité révélée de Dieu, servent la croissance de l’Église, l’annonce de l’Évangile et un cheminement commun avec tous les hommes, auxquels la grâce de Dieu est destinée. La philosophie et la sagesse des peuples, la science et les arts, la vie des hommes et le travail social de l’Église ont été et sont des facteurs d’inspiration pour la poursuite du développement de la Tradition et son déploiement toujours nouveau. Les voix prophétiques ne se trouvent pas seulement à l’intérieur de l’Église, mais aussi à l’extérieur. Les conditions de vie et les points de vue des hommes changent au fil du temps ; ces changements sont imprégnés par la Tradition et ils l’imprègnent. »

Voici le commentaire de Mgr Bätzing à ce sujet :

« Le texte d’orientation, tout comme une série de textes magistériels, tels que la Constitution conciliaire Gaudium et spes et l’encyclique Pacem in terris du pape Jean XXIII, partent du principe que Dieu, qui a créé le monde et le maintient dans l’existence, continue à se révéler dans ce monde et dans l’histoire des homme, que son action et sa nature sont reconnaissables de manière condensée dans les événements de l’histoire (…) De ce point de vue, cependant, ils [les signes des temps] ne sont pas seulement un „arrière-plan“ aidant à la compréhension, mais de véritables sources pour l’approfondissement de la foi. Ce n’est pas seulement à partir de l’Écriture et de la Tradition, de la théologie, du Magistère et du sens de la foi des croyants que l’on peut apprendre quelque chose sur la volonté de Dieu pour les hommes et pour son Église, mais c’est aussi à partir des événements et des évolutions temporels qui se déroulent dans l’histoire et au milieu desquels le peuple de Dieu poursuit son chemin de pèlerinage. » https://www.dbk.de/presse/aktuelles/meldung/bischof-baetzing-stellungnahme-zur-antwort-von-kardinal-kurt-koch-vom-29-september-2022

(35) « Les signes des temps indiquent dans quelle direction le développement de la Tradition doit se poursuivre. Dans son sens de la foi, le Peuple de Dieu reconnaît, par l’Esprit, où se dirigent les chemins de la foi : ce qui doit être conservé du passé et ce qui doit être écarté, ce qui doit continuer à être développer et ce qui doit être intégré d’une manière nouvelle. La théologie réfléchit à ce qui est considéré comme Tradition, à ce qui l’a été et à ce qui peut l’être. »

(43) « Le signe des temps que constitue le cri des victimes de violences sexuelles n’est pas sans conséquences. Il met en lumière d’autres questions liées à la vie ecclésiale, qui pour certaines sont déjà soulevées depuis longtemps : la question du pouvoir et l’exigence de séparation des pouvoirs ; la viabilité des formes de la vie sacerdotale ; l’exigence d’un accès égal de tous les sexes aux services et aux ministères de l’Eglise ; la réception des connaissances contemporaines par la morale sexuelle de l’Eglise. Elles pourraient aussi s’avérer être des signes des temps. Elles aspirent aussi à être interprétées comme des traces de la présence de Dieu et de sa décision. Pour elles aussi s’applique ce passage : « N’éteignez pas l’Esprit, ne méprisez pas les prophéties, mais discernez la valeur de toute chose : ce qui est bien, gardez-le » (Thessaloniciens 5, 19-21)

(48) « Aucun jugement de conscience ne pourrait se maintenir dans la durée s’il se fermait à une réflexion sur le pour et le contre issue de considérations communes partagées avec d’autres. (…) Ce n’est pas pour rien que le mot conscience renvoie à un savoir commun, à la conscientia, à la syneidesis (1 Corinthiens 10, 28). Mais, ultimement, il se réfère toujours à la compréhension personnelle, au jugement personnel, à la décision personnelle. La décision ultime, entièrement personnelle et prise en pleine conscience, sur la conduite de sa propre vie, engage la personne – même s’il devait s’avérer qu’elle est le fruit d’une erreur. Ne pas tenir compte de la conscience d’une personne, la commander depuis l’extérieur, l’éliminer, ou soi-même la négliger, reviendrait à nier ce qui est le centre personnel de l’homme et sa dignité créée par Dieu.

Passer outre la conscience, la diriger de l’extérieur, l’éliminer ou même négliger la sienne propre, ce serait nier le centre personnel de l’homme et sa dignité créée par Dieu. La conscience, pour sa part, trouve son orientation dans la lumière de la foi. (…) »

(49) « La conscience des croyants se sert en particulier des connaissances issues de différentes sciences. Se révèle ainsi le fait que le sens de la foi ne justifie pas un droit de propriété exclusif de certains croyants. Le sens de la foi des croyants pousse à un consensus, à un sens partagé en commun – même si un tel consensus n’est pas toujours atteint et si la communauté des croyants doit alors vivre avec des dissensions pendant un certain temps. L’Église n’est pas seulement une communauté de mémoire, mais aussi une communauté de dialogue ».

(62) « Ainsi, la théologie a aussi pour tâche de s’opposer aux tentations fondamentalistes, qui surviennent lorsque des positions d’individus ou de groupes sont érigées en absolu, empêchant tout dialogue et se soustrayant à tout débat. Dans la communauté scientifique de la théologie, une autocorrection résulte du discours scientifique critique. Dans le dialogue avec le magistère, un vis-à-vis critique est également requis, pour les deux partenaires du dialogue ».

(68) « La question de la participation appropriée de tout le peuple de Dieu aux délibérations et aux décisions dans l’Église se pose dans le monde entier et exige de nouvelles réponses. Ce sont avant tout les personnes concernées et les survivants des abus qui doivent être entendus. Leurs expériences, leur indignation et leurs plaintes doivent trouver un écho dans l’enseignement et la pratique de l’Église. Pour l’Écriture Sainte elle-même, les expériences des hommes et la proclamation de la Parole de Dieu sont indissociables. Personne ne peut les séparer. »

Lien vers le document original :

https://www.synodalerweg.de/fileadmin/Synodalerweg/Dokumente_Reden_Beitraege/SV-III_1.1NEU_Synodalpraesidium-Orientierungstext-Beschluss.pdf

Forum synodal n°1 : «Pouvoir et séparation des pouvoirs dans l’Église»

(Texte fondamental issu de la deuxième lecture lors de l’Assemblée du « chemin synodal » des 3-5 mai 2022)

Le problème de fond du texte fondamental réside dans le fait que le « pouvoir spirituel » de l’Écriture est remplacé par le concept de « pouvoir » qui fait l’objet de nombreuses discussions dans la société contemporaine. Le discours sur le pouvoir – qui porte exclusivement sur l’Église catholique – est ensuite élargi à l’abus de pouvoir. Des « causes systémiques » sont projetées sur les structures dirigées par des clercs, toute structure hiérarchique se trouvant soupçonnée d’abuser du pouvoir. De cette seule base herméneutique erronée découlent d’autres inversions.

Dans le texte, l’unité complexe (cf. Lumen Gentium n° 8, « une seule réalité complexe ») de la réalité spirituelle de l’Église et de sa dimension sociale se désagrège. Les deux aspects sont seulement juxtaposés et ajoutés l’un à l’autre. Ainsi, la sacramentalité – fondamentale pour le Concile – de l’Église, dans laquelle cette unité se réalise, est laissée de côté, de même que la structure fondamentale de l’ecclésiologie enseignée de manière magistérielle par le Concile. Cette orientation fondamentale et déficiente détermine le texte dans son ensemble.

De ce fait, la dialectique complexe, fondée sur la mission, du pouvoir spirituel et de l’humble service dans le ministère sacramentel de l’Église, est comprise uniquement à partir de la possibilité qu’on en abuse. A partir d’une perspective anthropologique et sociologique, elle est réduite à une approche du pouvoir centrée sur le maintien d’un ordre, sa véritable nature théologique étant laissée de côté. En fin de compte, le texte identifie fondamentalement le pouvoir spirituel qu’accompagne la fonction de direction dans l’Église, tel qu’il a été compris jusqu’à présent sur le plan canonique et dogmatique, à une cause systémique d’abus. Le ministère épiscopal est ainsi privé de ses fondements théologiques tels que Lumen Gentium les a développés.

On trouve une conséquence pratique de cette approche dans la tentative de résoudre le problème de l’abus de pouvoir dans l’Église en « neutralisant » le pouvoir épiscopal dans des organes (pseudo-) synodaux permanents. Le cardinal Walter Kasper a souligné que de tels organes synodaux permanents n’ont pas leur place dans la Constitution théologique de l’Église. En outre, ils s’inspirent en fin de compte de représentations séculières de l’ordre politique (Parlement, séparation des pouvoirs, articulation de pouvoirs et de contrepouvoirs). La complexité des relations entre l’ordre politique et l’ordre sacramentel de la communion ecclésiale n’est pas suffisamment perçue. De même, le rapport entre la responsabilité pastorale et la participation n’est pas reconnu, ne serait-ce qu’en partie. Le « problème du pouvoir », qui ne peut être résolu que spirituellement, n’est en fin de compte que reporté sur des organes permanents. En neutralisant intentionnellement la responsabilité épiscopale, on porte atteinte à la substance même de l’épiscopat.

Par ailleurs, les dispositions présentes dans le texte d’orientation ont des répercussions sur le Forum n°1. Le texte affirme explicitement la possibilité d’une « pluralité » de l’enseignement de l’Église, qui va jusqu’à la contradiction directe sur des questions essentielles.

En dissociant la dimension sociale de l’essence spirituelle de l’Église et en affirmant la possibilité d’une forme contradictoire de la doctrine, la finalité pratique du texte apparaît clairement. Comme dans le texte d’orientation, il s’agit de préparer la révision, jusqu’à la négation, d’une doctrine jusqu’ici contraignante.

Citations originales extraites du texte :

(8-12) : « L’Église catholique traverse une crise profonde. Mais elle ne peut accomplir sa mission que si elle reconnaît le caractère, les causes et les dimensions de cette crise, si elle y fait face et si elle travaille sérieusement à des solutions. Cela concerne surtout les causes systémiques des abus de pouvoir, et des violences sexuelles ou spirituelles. »

(22-26) : « La conversion et le renouveau de l’Église concernent en particulier la manière dont y est organisé le pouvoir. Car l’Église, selon le paragraphe 8 de Lumen Gentium, est une réalité spirituelle, mais elle est aussi une société constituée dans ce monde, parce que ce n’est qu’ainsi qu’elle peut le servir. »

(31-42) : « Le scandale des abus pose à l’Église catholique la question de savoir par quel esprit elle se fait guider. Seul le peuple de Dieu tout entier peut apporter une réponse à cette question. Le sens de la foi de tous les baptisés appelle par conséquent à plus de responsabilité commune, d’agir partagé et de droits de participation opposables. La responsabilité partagée crée notamment la transparence dans l’utilisation du pouvoir dans l’Église. L’étude MHG [étude « Mannheim, Heidelberg, Gießen sur les abus sexuels dans l’ Église présentée en 2018 à la Conférence des évêques allemands] a montré de manière impressionnante et dans une diversité de cas troublante que la violence sexuelle exercée par des clercs sur des enfants et des adolescents, la dissimulation des actes et la protection de leurs auteurs ont des causes non seulement psychologiques et individuelles, mais aussi systémiques. »

(61-73) : « Une modification de l’organisation du pouvoir dans l’Église s’impose pour des raisons d’inculturation dans une société imprégnée de démocratie et marquée par l’État de droit et la liberté. Il ne s’agit pas de reproduire sans esprit critique la pratique sociale, car l’Église a toujours une mission prophétique et critique envers ses partenaires sociaux. Mais en de nombreux endroits, la société démocratique ne peut plus comprendre ni suivre l’organisation du pouvoir telle qu’elle a cours actuellement dans l’Église. L’Église est aujourd’hui publiquement soupçonnée de discriminer des personnes avec son propre ordre juridique, de contourner les normes démocratiques et de s’immuniser face aux demandes critiques adressées à ses enseignements et à ses structures organisationnelles ».

(272-281) : « Le Concile Vatican II a mis en avant de manière renouvelée les croyants et leur sens de la foi (cf. Lumen Gentium, 12), ainsi que les « signes des temps » (Gaudium et Spes, 4) comme « lieux de la théologie ». L’importance des connaissances acquises de l’extérieur pour une compréhension plus profonde de l’Évangile de même qu’une manière actuelle d’organiser les structures ecclésiales en font partie (cf. Gaudium et Spes, 44). L’interprétation dialogique de la Parole de Dieu par des “laïcs” croyants, par la théologie scientifique et par le magistère de l’Église en fait également partie. Déterminer les structures de manière différenciée a des conséquences sur la compréhension du pouvoir et de la séparation des pouvoirs dans la mission de l’Église, qui seront expliquées ci-après ».

(287-290) : « La Révélation de Dieu s’est produite une fois pour toutes – mais sa réception et son interprétation se font de manière humaine, c’est-à-dire dans le cadre de processus de compréhension historiquement et culturellement déterminés, et ce déjà dans la Bible. »

(329-333) : « Nous voulons apprendre à vivre la diversité théologique dans l’unité ecclésiale ; la pluralité en tant que diversité légitime de différentes convictions fondamentales – y compris au sein même de l’Église. L’Église et la théologie ont été et sont plurielles. La diversité ne constitue pas une faiblesse de l’Église ni ne manifeste une défaillance de ses responsables. »

(343-359) : « Cela ne dispense pas de rechercher toujours de manière nouvelle cette vérité de l’histoire du salut dans la diversité des époques, des formes culturelles et des défis sociaux concrets. On ne peut parler honnêtement de l’unique vérité qui nous a été confiée que si l’on connaît la complexité de ces approches et de ces expressions et si l’on ouvre à cet effet sans restriction l’espace du discours. Une telle approche de la complexité, sensible à l’ambiguïté, est due au caractère historique de la vérité du salut et elle s’avère en même temps, surtout aujourd’hui, être le signe fondamental d’une approche intellectuelle contemporaine. Elle est donc une condition de base de la théologie actuelle. Pour elle, il n’existe pas une seule perspective centrale, une seule vérité du regard religieux, moral et politique porté sur le monde, ni une seule forme de pensée qui puisse prétendre à l’autorité ultime. Au sein de l’Église aussi, des conceptions et des schémas de vie légitimes peuvent entrer en concurrence les uns avec les autres, même en ce qui concerne les convictions essentielles. Elles peuvent même prétendre en même temps à la vérité, à l’exactitude, à l’intelligibilité et à l’honnêteté justifiées par la théologie, tout en étant contradictoires dans leur message ou dans leur expression ».

(415-418) : « Un sacrement doit avoir l’effet d’un signe ! Concernant l’Église, cela signifie que la capacité à être compris et la crédibilité doivent se manifester dans la structure (Lumen Gentium 8). L’organisation et l’exercice du pouvoir de l’Église doivent se montrer dignes de la confiance des fidèles. (…) la culture juridique de l’Église [doit] s’aligner sur les droits fondamentaux et les droits de l’homme (…) ».

(490-496) : « La tâche ecclésiologique qui doit être accomplie aujourd’hui consiste à déterminer de manière nouvelle l’interaction entre le sacerdoce commun de tous et le sacerdoce particulier du ministère, tant dans la compréhension du service sacramentel que dans l’appréhension et dans la pratique des tâches de direction. Il est essentiel que la structure de communion de l’Église trouve une forme sociale et juridique qui rende impossible les rapports de domination unilatéraux et qui rende obligatoires les possibilités de participation de tous ».

Lien vers le texte :

https://www.synodalerweg.de/fileadmin/Synodalerweg/Dokumente_Reden_Beitraege/SV-III_1.2NEU_Synodalforum-I_Grundtext-Beschluss.pdf

Forum 1 Texte pour l’action : « Délibérer et décider ensemble »

(Texte soumis à une deuxième lecture mais pas encore adopté)

Le fait que l’évêque et le curé se lient eux-mêmes aux décisions prises aux deux tiers revient à introduire des habitudes parlementaires dans la structure de communion de l’Église. Les membres dominent la « tête », la communion devient un Consilium (un parlement).

Structurellement, cette contrainte volontaire est encore renforcée par le fait qu’un évêque récalcitrant doit se soumettre à un second vote.

S’il continue à résister, un tribunal arbitral est convoqué, sur la composition duquel il n’a probablement aucune influence.

Citations originales extraites du texte :

« Si une décision juridiquement efficace n’entre pas en vigueur parce que l’évêque ne l’approuve pas, une nouvelle délibération a lieu. Si, là encore, aucun accord n’est trouvé, le conseil peut s’opposer au vote de l’évêque par une majorité des deux tiers. Si aucun accord n’est trouvé parce que l’évêque s’oppose également à cette décision, une procédure de conciliation, dont les conditions ont été fixées au préalable et auxquelles toutes les parties concernées s’engagent à se conformer, est ouverte. Des évêques et des membres synodaux d’autres diocèses peuvent être associés à cette procédure ».

Lien vers le texte :

https://www.synodalerweg.de/fileadmin/Synodalerweg/Dokumente_Reden_Beitraege/SV-IV/SV-IV_Synodalforum-I-Handlungstext.GemeinsamBeratenUndEntscheiden-Lesung2.pdf

Forum I Texte pour l’action « Renforcer durablement la synodalité : un Conseil synodal pour l’Église catholique en Allemagne »

(Texte soumis à une deuxième lecture lors de la 4e Assemblée synodale (8-10.9.2022) – votes : 170 oui, 4 non, 15 abstentions ; vote des 59 évêques présents ayant un droit de vote : 43 oui, 6 non, 10 abstentions)

Le Comité central des catholiques allemands (ZDK) est ici mis sur le même plan que les évêques, alors qu’il a été fondé à l’origine uniquement comme représentation des laïcs pour défendre les intérêts de l’Église contre les empiètements de l’État. On a maintenant l’impression qu’il doit défendre les « intérêts de l’Église nationale » contre les empiètements de l’Église romaine et universelle.

Les structures parlementaires introduites dans le texte pour l’action « Délibérer et décider ensemble » permettent déjà de discipliner les évêques qui se réfèrent à l’Église locale, romaine ou universelle.

Citations originales extraites du texte :

(23-36) : « L’Assemblée synodale décide d’instituer un Conseil synodal. Cette institution a pour arrière-plan les canons 127 et 129 du Code de droit canonique. Pour la préparation du Conseil synodal, l’Assemblée synodale institue un Comité synodal. Le Comité synodal est composé des 27 évêques diocésains, de 27 membres élus par le Comité central des laïcs catholiques et de 10 membres élus conjointement par ceux-ci. Ce comité est porté conjointement par la Conférence des évêques allemands (DBK) et le Comité central des catholiques allemands (ZDK). Il est présidé par le président de la DBK et le / la président(e) du ZdK ».

Lien vers le texte :

https://www.synodalerweg.de/fileadmin/Synodalerweg/Dokumente_Reden_Beitraege/SV-IV/T1NEU3_SV-IV_1_Synodalforum_I-HandlungstextSynodalitaetNachhaltigStaerken_Synodaler_Rat.pdf

Forum synodal n°2 – Texte fondamental : «L’existence sacerdotale aujourd’hui»

(Deuxième lecture lors de l’Assemblée synodale des 08-10 septembre 2022)

Forum Synodal II – Texte pour l’action «Levée des tabous et normalisation. Vœux sur la situation des prêtres non hétérosexuels»

(Version adoptée le 10 septembre 2022)

Forum synodal II – Texte pour l’action « Le célibat des prêtres – Renforcement et ouverture »

(Deuxième lecture lors de l’assemblée synodale des 8-10 septembre 2022)

Les textes adoptés par le Forum sont peu clairs, souvent incompréhensibles et même en partie contradictoires. D’un côté, on y trouve des formulations tout à fait traditionnelles sur le sacerdoce ainsi que des remarques ou des citations de papes et de conciles, généralement ajoutées plus tard après des protestations. D’un autre côté, ceux qui connaissent la situation de la théologie allemande retrouvent dans les textes l’agenda libéral visant à abolir le sacerdoce ordonné. A la différence du Concile, la grande majorité des participants veut provoquer une rupture et introduire une conception protestante du sacerdoce.

Texte fondamental, n°1 : « Les questions relatives à l’existence sacerdotale sont posées depuis 50 ans déjà et n’ont pas reçu de réponse satisfaisante. Dans ce contexte, le ministère sacerdotal est remis en question dans toutes ses dimensions. »

Texte fondamental, n°1 : « Un ministère sacerdotal qui théoriquement n’est réservé qu’aux hommes hétérosexuels, semble discutable et incompatible avec la pratique vécue.

L’exclusion des femmes du sacerdoce suscite l’incompréhension et son réexamen est clairement réclamé.

La justification du célibat comme forme de vie sacerdotale obligatoire n’est assez largement plus acceptée.

La possibilité de discuter de l’homosexualité, même chez les prêtres, est explicitement revendiquée ».

Selon le texte, la réalité de la vie des gens est considérée comme une source de connaissance théologique : par conséquent, un discours de foi ou une information théologique est dépassée si elle n’est plus comprise ou partagée. N’est vrai que ce qui peut être transmis ou ce qui est reçu. Dans la communication vers l’extérieur et aussi vers Rome, on montre cependant un autre visage. Dans les rangs des évêques allemands, les porte-parole tempèrent : selon eux, on n’enlève rien à personne, on ne change pas du tout la doctrine, on ne fait que l’accentuer et la développer.

Les textes originaux parlent un autre langage. Premièrement, l’agenda est inscrit en toutes lettres dans les textes dits « pour l’action ». Deuxièmement, les termes traditionnels sont utilisés de manière ambiguë et sont constamment relativisés. Deux exemples :

La « sacramentalité » pourrait être comprise à certains endroits dans le sens de la définition classique du signe qui provoque ce qu’il signifie. Mais cela n’est jamais dit et, dans tous les endroits où il apparaît, ce terme ne peut être que d’un usage analogique : « sacramentel » uniquement dans le sens d’une représentation symbolique qui fait « expérimenter » quelque chose aux fidèles, qui leur « fait comprendre » quelque chose ou qui peut disparaître :

Texte pour l’action sur le célibat, a : « Un oui au sacerdoce sacramentel, qui est tout aussi constitutif de notre Église catholique que le sacerdoce commun de tous les baptisés, au service duquel se trouve le sacerdoce sacramentel. Un oui à la possibilité pour les hommes, dans certains moments décisifs, au milieu des aléas de la vie, de faire l’expérience de prêtres qui leur promettent le salut et le rendent expérimentable. Un oui à ce que le ministère sacerdotal permette de faire l’expérience, de diverses manières, de la présence et de l’efficacité permanentes de Jésus-Christ au milieu du monde ».

Texte fondamental, n° 5.4 : « Il existe toutefois un risque que la forme de vie célibataire conduise à une mise à l’écart, si la dimension de signe n’est plus soutenue par une grande partie du peuple de Dieu. En outre, la sacramentalité est en jeu si le célibat n’est ni compris spirituellement, ni vécu de manière concrète et crédible, et s’il est tacitement et collectivement vidé de sa substance par une double vie tolérée par la direction de l’Église ».

La manière dont un laïc représente le Christ n’est guère distinguée de la « représentation du Christ » portée par le prêtre. D’un côté, cette dernière est comprise comme une symbolisation de la grâce et du salut qui nous viennent “extra nos” de manière imméritée de la part de Dieu ; mais de l’autre, cela est immédiatement relativisé :

(Texte fondamental, n° 4.) : « Selon la tradition catholique, le ministre ordonné maintient présent dans l’Église, de manière constitutive, le vis-à-vis essentiel de la consolation et de l’exigence divines dans la communauté ».

(Texte fondamental, 5.2) : « Chaque baptisé représente le Christ, l’unique “grand prêtre selon l’ordre de Melchisédech” (He 5,10), qui a fait de son Église un royaume de “prêtres devant Dieu son Père” (Ap 1,6). (…) Il faut distinguer de cela la représentation du Christ par le prêtre dans l’administration des sacrements qui lui sont réservés, en particulier la célébration de l’Eucharistie. Dans les textes du Magistère, il apparaît clairement que la ‚repraesentatio Christi‘ par le prêtre ne se limite pas à la seule célébration sacramentelle ou à la présidence de l’eucharistie, mais concerne l’ensemble de l’existence sacerdotale. Cela ouvre la question de savoir comment la représentation du Christ par le prêtre en dehors de la célébration de l’Eucharistie s’articule avec la représentation du Christ qui revient de manière égale à tous les croyants.

En dehors des actes sacramentels, l’existence sacerdotale ne se distingue pas de celle de tous les croyants. Le fait que la “repraesentatio sacramentelle” du prêtre façonne toute sa vie ne signifie pas qu’il se distingue dans la vie quotidienne. »

La participation particulière du sacerdoce ordonné au sacerdoce du Christ et sa configuration à l’« imago Christi » pour l’offrande du sacrifice du Christ « in persona Christi », la remise des péchés et sa tâche de mettre en œuvre publiquement le ministère sacerdotal devant les hommes au nom du Christ, est certes reconnue dans la note 30 par une citation de Presbyterorum Ordinis (PO). Mais le fondement de l’offrande de sa vie par le prêtre, qui implique de prendre sur soi par l’engagement au célibat la forme de vie adoptée par Jésus, n’est pas abordé.

Le dévouement pastoral lié à la mission pastorale de Jésus (Pastores dabo vobis) n’apparaît nulle part. La différence, de nature et pas seulement de degré, entre le sacerdoce particulier des prêtres et le sacerdoce commun des fidèles est évoqué en s’appuyant sur une citation raccourcie de Lumen Gentium (10). Mais la manière d’aborder ce sujet est rejetée comme un aristotélisme ontologique qui serait devenue aujourd’hui incompréhensible ; et la différence spécifique du prêtre qui y est exprimée, en vertu de son pouvoir sacré, d’exercer les trois « munera Christi », est réduite horizontalement puis présentée dans le désordre, comme suit :

Texte fondamental n°5.3 : « … la différence essentielle réside dans le service sacramentel de l’unité de la communauté et de la paroisse. Le service de l’unité décrit est également réalisé par le prêtre dans son service de direction. (…) Le service de direction est une notion large et ouverte. Diriger, c’est essentiellement rendre possible la participation d’un grand nombre aux multiples tâches de l’Église. Celui qui dirige va à la recherche des dons de l’Esprit et rend possible leur réalisation au service de l’unité de l’Église. (…) La direction sacerdotale (…) doit plutôt être comprise théologiquement comme un Magistère. Annoncer l’Évangile est la tâche prioritaire du ministère de direction ».

La nécessité de l’ordination sacerdotale n’est pas justifiée par l’« extra nos » de la grâce accordée aux chrétiens par l’Incarnation, la croix et la résurrection du Christ, dont personne ne peut s’emparer et que personne ne peut non plus produire, car seul un sacrement rend capable d’administrer les sacrements du Christ. Face aux doutes largement répandus, la différence de nature que fonde l’ordination n’est expliquée que de manière anti-donatiste.

Texte fondamental, 4 : « La nécessité sacramentelle du ministère sacerdotal est remise en question. Même dans les paroisses, le ministère spécifique du prêtre n’est plus compréhensible. En effet, face au manque déjà présent et à la diminution clairement prévisible du nombre de ministres ordonnés, de nombreuses paroisses cherchent et trouvent de manière très pragmatique des formes pour organiser la vie ecclésiale même sans prêtre ».

Texte fondamental, note 41 : « Si le Seigneur, dans l’Église, transmet la grâce et le salut par les sacrements, la possibilité d’action du ministère sacramental-sacerdotal doit être donnée indépendamment de la disposition morale du ministre. Mais cela on ne pouvait l’exprimer que selon des catégories ontologiques. »

La tendance de l’ensemble du texte est claire : la différence spécifique du sacerdoce ordonné doit être nivelée. Mais on ne cherche pas non plus de justification christologique, ou fondée dans la théologie de la vocation, ou encore ecclésiologique, pour le ministère sacerdotal et le célibat. Ainsi manque l’idée que les apôtres ont d’abord été appelés et mandatés avant que quiconque ne soit baptisé ; qu’ils ont à leur tour désigné, par l’imposition des mains, des hommes pour célébrer le repas du Seigneur, administrer d’autres sacrements et présider les communautés. On en arrive donc à la conclusion suivante :

Texte fondamental, n°1 : « Le témoignage biblique est clair quant à ce thème. Au sens strict et propre du terme, il n’y a qu’un seul (grand-) prêtre, à savoir Jésus-Christ. Et il est question du peuple sacerdotal, auquel la rédemption a été accordée (cf. 1 Pierre 2, 9) ».

Par ailleurs, les textes sont étroitement liés aux autres forums synodaux en ce qu’ils se réfèrent à l’exégèse moderne et reprennent sans esprit critique les propos hypothétiques et suggestions de recherche de l’étude MHG sur les abus. Il est ainsi affirmé que la théologie dépassée du sacerdoce, le cléricalisme, le célibat obligatoire ainsi que le refus d’ordonner des femmes et des homosexuels comme prêtres auraient favorisé les abus sexuels. Celui qui ne considère pas comme bon le changement, demandé par le Forum IV, à apporter au Catéchisme de l’Église catholique sur la morale sexuelle, en légitimant les rapports sexuels génitaux non hétérosexuels de tous les sexes possibles entre eux, est considéré comme une personne qui « discrimine ».

Texte pour l’action « Levée des tabous », n°3 : « Celui qui fait preuve d’attitudes discriminatoires ne peut pas occuper de postes de responsabilité et de direction. Afin de soutenir la sensibilisation, l’Église catholique en Allemagne coopère avec des services de lutte contre la discrimination ecclésiaux, étatiques et émanant de la société civile ».

Selon l’amendement adopté lors de la dernière assemblée synodale, ceci est « incontestablement insuffisant ». C’est pourquoi il faut ajouter le texte suivant :

Texte pour l’action « Levée des tabous », n°3 : « Les comportements discriminatoires doivent être condamnés par principe et également, le cas échéant, sanctionnés ».

 

Lien vers le texte fondamental « Existence sacerdotale » :

https://www.synodalerweg.de/fileadmin/Synodalerweg/Dokumente_Reden_Beitraege/SV-IV/SV-IV-Synodalforum-II-Grundtext-Lesung2.pdf

Lien vers le texte pour l’action « Levée des tabous et normalisation – Vœux au sujet de la situation des prêtres non-homosexuels » :

https://www.synodalerweg.de/fileadmin/Synodalerweg/Dokumente_Reden_Beitraege/SV-IV/T2NEU_SV-IV_6_Synodalforum_II-HandlungstextEnttabuisierungUndNormalisierung-Voten-zur-Situation_ni.pdf

Lien vers le texte pour l’action « Le célibat des prêtres – Renforcement et ouverture » :

https://www.synodalerweg.de/fileadmin/Synodalerweg/Dokumente_Reden_Beitraege/SV-IV/SV-IV_Synodalforum-II-Handlungstext.DerZoelibatDerPriester-Lesung2.pdf

Forum synodal n°3: «La place des femmes dans les services et dans les fonctions» – Texte fondamental

(2e lecture, terminée le 9 septembre 2022)

Dans l’anthropologie conforme à la doctrine catholique, deux convictions enracinées dans la foi s’appliquent simultanément sans se contredire :

  1. L’homme et la femme ont la même dignité en tant qu’êtres humains ayant la même valeur ;
  2. L’homme et la femme ont des vocations différentes, spécifiques à chacun des deux sexes, ce qui n’implique aucune discrimination.

Ce noyau de l’anthropologie catholique est nié tout au long du texte au nom d’un slogan : la « justice de genre ». Alors que ce terme pourrait être compris dans le sens de la doctrine catholique, il est utilisé conformément à la théorie du genre (multiplicité des identités sexuelles). La différenciation en deux sexes doit être dissoute en raison de rares dérogations intersexuelles. La complémentarité de l’homme et de la femme est appréciée de manière négative. De ce fait, les personnes ne doivent plus être considérées que selon leurs talents, sans distinction de sexe. Ainsi, la masculinité de Jésus n’aurait aucune signification pour une vocation au sacerdoce.

La force symbolique de la sexuation corporelle est ignorée : en tant que femme, qui peut être épouse et mère (recevoir la vie, porter la vie en elle, allaiter l’enfant à partir de son corps) ; en tant qu’homme, qui peut être époux et père (engendrer la vie, la protéger et la promouvoir). En conséquence, le cadre d’orientation anthropologique des sacrements de l’ordination sacerdotale et du mariage est dissout.

Le sacerdoce particulier des prêtres n’est plus distingué du sacerdoce commun de tous les croyants quant à sa nature. C’est seulement une différence de degré. Selon cette perspective, les services associés au « sacerdoce commun » sont mélangés à ceux du sacerdoce « particulier » des prêtres :

  1. a) l’évangélisation/ la prédication,
  2. b) l’action caritative et
  3. c) la liturgie/ la présidence des cérémonies eucharistiques

Dans l’ensemble, la hiérarchie apparaît comme devant être dissoute.

Pour la célébration du sacrement de l’Eucharistie, aucune ressemblance naturelle avec Jésus en tant qu’être masculin ne serait nécessaire. La conception sacerdotale-cultuelle du ministère devrait être dépassée, car la tâche la plus importante de la célébration de l’Eucharistie ne serait pas le sacrifice de la messe, mais la proclamation de l’Évangile.

Bien que la lettre apostolique Ordinatio Sacerdotalis (22 mai 1994) soit considérée comme un enseignement infaillible (réponse au dubium avec commentaire le 28 octobre 1995, explication réitérée le 29 mai 2018), l’ordination sacerdotale des femmes est considérée par 45 évêques allemands comme une question ouverte à la discussion. L’autorité du magistère est ainsi remise en question.

Citations originales extraites du texte fondamental (références issues de la version allemande originale)

(57-64) : « Il est indispensable de réfléchir aux différentes positions théologiques selon la perspective de l’égalité des sexes, d’entrer dans un échange étroit avec les sciences sociales, les sciences culturelles et les sciences humaines et de reprendre de manière constructive leurs réflexions sur la théorie du genre. Dans ce contexte, il convient également de tenir compte du fait qu’il existe des personnes au sein de l’Église catholique romaine qui n’éprouvent pas de manière adéquate leur identité sexuelle dans la distinction entre homme et femme ».

(187-191) : « Il y a égalité entre les sexes lorsque chaque personne, dans un contexte social donné, a les mêmes droits et les mêmes chances de participer aux biens et d’accéder aux positions indépendamment de son appartenance ou de son identité sexuelle, et peut ainsi mener une vie qu’elle détermine elle-même ».

(223) : « Le sexe – au sens du genre – doit donc être considéré de manière multidimensionnelle ». L’humanité commune à l’homme et à la femme est ici niée : (1117-21) : « Celui qui, dans ce contexte théologique, considère comme important le sexe biologique incontesté de Jésus en tant qu’homme court le risque de remettre en question la rédemption de la femme par Dieu, car seul est racheté celui dont Dieu a assumé la nature humaine ».

(12-18) : « Parce que tous sont “un en Jésus-Christ”, la non-admission des femmes aux ministères ordonnés de l’Église nécessite d’urgence un nouvel examen théologique et anthropologique, compte tenu des signes des temps actuels ».

(1393-1396) : « A l’avenir, ce n’est plus le sexe qui doit décider de l’attribution des ministères, mais la vocation, les capacités et les compétences qui servent à annoncer l’Evangile à notre époque. »

(319-320) : « Sa forme visible, l’Église la tire avant tout des célébrations liturgiques, de la catéchèse et de la diaconie ».

(1192f) : « Celui qui représente Jésus-Christ, c’est celui qui prend soin des plus pauvres parmi les pauvres ».

(1224-1229) : « Est-ce vraiment la masculinité du ministre, sa nature inscrite dans son corps, qui doit le qualifier pour représenter de manière adéquate Jésus-Christ dans la célébration de l’Eucharistie ? Toute surestimation spirituelle de la différence des sexes à des fins d’assignation de rôles ecclésiaux doit faire l’objet d’un examen critique, en particulier dans le cadre de la théologie des ministères ».

(1162-1164) : « Ainsi est dépassée une conception sacerdotale-cultuelle du ministère qui, dans l’Antiquité tardive et avec la scolastique, a conduit à une nouvelle interprétation du sacerdoce, laquelle a considéré comme sa tâche la plus importante l’offrande du sacrifice de la messe ».

(45-52) : Le Forum synodal III demande « à l’autorité suprême dans l’Église (le pape et le concile) si l’enseignement d’Ordinatio sacerdotalis ne doit pas être ré-examiné ».

(1264-1267) : « En même temps se pose la question suivante : que signifie le fait que certains évêques considèrent aujourd’hui que la question est ouverte et qu’ils appellent à des argumentations approfondies en lien avec la recherche théologique ».

Lien vers le document original :

https://www.synodalerweg.de/fileadmin/Synodalerweg/Dokumente_Reden_Beitraege/SV-IV/T5NEU_SV-IV_7_Synodalforum_III-Grundtext-2.Lesung.pdf

Forum synodal III, texte pour l’action « Annonce de l’Évangile par les femmes dans la parole et dans les sacrements » (version validée le 10 septembre 2022)

Le texte pour l’action repose sur une conception fonctionnelle de l’ordination ainsi que sur une ecclésiologie pélagienne. Pour des raisons pratiques, l’administration d’un sacrement doit par exemple être confiée au catéchiste. Il manque une distinction claire et une définition adéquate du rapport entre ordre et charisme. Les canons du Code de droit canonique, qui contiennent des dispositions d’exception, doivent servir de base à des situations ordinaires. Le texte révèle la volonté de cléricaliser l’Église en ouvrant aux laïcs les fonctions sacramentelles réservées aux ministres ordonnés (baptême, homélie, mariage, onction des malades, confession). Cela va à l’encontre de l’aspiration à renforcer l’apostolat des laïcs, que Vatican II avait intégrée et que le pape François met concrètement en pratique en ouvrant le ministère de lecteur et d’acolyte à tous les fidèles et en relançant le ministère de catéchiste.

Citations originales extraites du document :

« [Les évêques allemands] plaident en faveur d’une norme dérogatoire au canon 766 du Code de droit canonique, par laquelle des agents*tes pastoral*les non ordonnés*ées, ayant une qualification sur le plan théologique et homilétique, sont chargés, en tant que prédicateurs*trices de l’Évangile, d’un service permanent de prédication dans le cadre de l’Église locale, conformément aux exigences pastorales reconnues par l’ordinaire du lieu, dans toutes les formes de célébrations liturgiques ».

« Au sein des instances de la Conférence des évêques allemands, un règlement encadrant la prise en charge, par des laïcs*ques, de la conduite de la célébration du baptême et du mariage sera élaboré en tenant compte des documents déjà existants dans certains diocèses allemands et dans l’Église universelle ».

« Les possibilités de relancer la confession par des laïcs dans le contexte de l’accompagnement spirituel sont également discutés. La signification de l’onction des malades, en lien avec tous les agents pastoraux engagés dans l’accompagnement des malades, est également prise en considération ».

Lien vers le texte original :

https://www.synodalerweg.de/fileadmin/Synodalerweg/Dokumente_Reden_Beitraege/SV-IV/T3NEU_SV-IV_9_Synodalforum_III-HandlungstextVerkuendigungDesEvangeliumsDurchFrauen.pdf

Forum synodal III – Texte pour l’action « Mesures contre les abus contre les femmes dans l’Église » (version ayant fait l’objet d’une première lecture)

Le principal point faible du texte réside dans l’imprécision persistante de la notion d’« abus spirituel ». L’absence de précision terminologique pourrait ouvrir la voie à des dénonciations contre des ecclésiastiques ayant des opinions considérées comme déplaisantes et restreindre le désir de proposer un accompagnement spirituel. En outre, le texte ne distingue pas clairement les différentes formes d’abus, par exemple dans les propositions de programmes de prévention.

Citation : « Il est connu depuis des années que de nombreux adultes, en particulier des femmes adultes, sont victimes d’abus spirituels ou sexuels au sein de l’Église catholique ; dans le même temps, les réglementations juridiques sont insuffisantes (voir les justifications ci-dessous). Les abus sexuels et les abus spirituels vont souvent de pair dans le contexte ecclésial ».

Lien vers le document original :

https://www.synodalerweg.de/fileadmin/Synodalerweg/Dokumente_Reden_Beitraege/SV-IV/SV_IV_-_Synodalforum_III_-_Handlungstext.Ma%C3%9FnahmenGegenMissbrauchAnFrauenInDerKirche_-_Lesung1.pdf

Forum synodal III – Texte pour l’action « Présence et direction – Femmes dans l’Église et théologie » (version issue de la deuxième lecture)

La principale critique concerne la tendance à détacher la direction liée au sacrement de l’ordre pour la confier en partie à des laïcs, en particulier à des femmes. Les modèles alternatifs de direction réclamés demandés sont en contradiction avec le n°66 de l’instruction « La conversion pastorale de la communauté paroissiale » de 2020, qui rejette la généralisation du canon 517. Des clarifications manquent en ce qui concerne l’intégration de femmes dans la formation des prêtres. Une justification basée sur la théorie du genre doit être rejetée, un examen critique de celle-ci serait hautement souhaitable.

Citations extraites du document :

« Dans la pastorale, de nouveaux modèles de direction sont pratiqués et expérimentés. (…) A côté du modèle du curé canonique, majoritairement en vigueur dans les diocèses allemands, il existe, au niveau de la paroisse, différents concepts de direction selon lesquels les tâches de direction sont déléguées ou exercées sous la responsabilité commune d’une équipe. Dans certains diocèses, le canon 517 § 2 du Code de droit canonique est appliqué : des diacres et les laïcs*ques peuvent être associés “à l’exercice de la charge pastorale”, c’est-à-dire au soin global des âmes dans les paroisses. L’évêque diocésain peut faire participer des personnes, qui accompliront cette mission à titre professionnel ou bénévole, seules ou en équipe, à l’exercice de la charge pastorale, au niveau d’une paroisse ou d’une communauté de paroisses, par le biais d’une délégation ».

« Sur ce point, il est nécessaire de poursuivre la réflexion théologique et scientifique et de redéfinir la relation entre ordination et direction ».

Lien vers le texte original :

https://www.synodalerweg.de/fileadmin/Synodalerweg/Dokumente_Reden_Beitraege/SV-IV/SV-IV-Synodalforum-III-Handlungstext.PraesenzUndLeitung-Lesung2.pdf

Forum synodal IV : « Vivre engagé dans des relations réussies — Fondements d’une morale sexuelle renouvelée ». Texte fondamental

(2e lecture lors de la 4e assemblée synodale des 8-10 septembre 2022, texte non accepté en raison d’une minorité de blocage (21 voix) des évêques présents. Sur l’ensemble des membres de l’assemblée : 159 voix pour, 33 voix contre, 4 abstentions.

Tout tourne autour du thème de l’homosexualité, et non pas autour de la préoccupation légitime d’une nouvelle approche pastorale des personnes concernées. Le désordre réel dans le monde des sexes (Rm 1) doit être requalifié, par un travail d’interprétation, en l’expression d’une partie de l’ordre divin. Des réalités rares comme l’intersexualité et la transsexualité sont utilisées comme marchepied pour expliquer, avec une approche enracinée dans la théorie du genre, la diversité des « orientations sexuelles » comme des identités sexuelles créées.

L’affirmation selon laquelle « le Créateur les fit homme et femme » (Mt 19, 4) est contournée. Les sexes « non binaires » doivent être établis par la théologie morale comme des « variantes de la norme sexuelle » et « don de Dieu dans sa création ». Puisque Dieu a créé les êtres humains de cette manière, leur identité et leur orientation sexuelles sont bonnes en soi et doivent/peuvent être vécues.

Le lien inconditionnel entre monothéisme et monogamie est contesté. Le lieu authentique de l’union sexuelle n’est pas seulement le mariage pour la vie d’un homme et d’une femme ; des relations sexuelles légitimes peuvent avoir lieu dans des conditions très diverses. Pour soutenir cette affirmation, le rejet unanime qu’en font l’Écriture et de la Tradition est ignoré, réinterprété, qualifié de « discrimination » et même rendu responsable des abus sexuels dans l’Église. Le « non » de principe de l’Église, modéré par la miséricorde, à la diversité des réalisations personnelles pré-, extra-, para-, post-conjugales et auto-sexuelles doit tomber.

Dans une éthique individuelle qui prive de leur force les commandements, la « morale » consiste encore surtout à veiller à ce que les relations sexuelles surviennent sur la base d’un accord dénué de toute violence, caractérisé par la symétrie et « l’amour ». La proximité avec les objectifs de la révolution sexuelle générale est justifiée par de prétendues connaissances scientifiques humaines qui ne sont pas présentées et qui, lorsqu’elles le sont, sont hypothétiques ou fausses, en tout cas ne relèvent pas d’un consensus scientifique.

Citations originales extraites du texte fondamental :

(Préambule) : « Nous voyons aujourd’hui que la morale sexuelle de l’Église a également favorisé des crimes de violence sexuelle au sein de l’Église ».

(Préambule) : « Nous nous engageons, chacun*e dans sa responsabilité, en tenant compte des connaissances des sciences humaines, et en ayant pour but la mise en pratique du message de Jésus sur l’amour de Dieu pour tous les hommes, à nous efforcer d’obtenir un changement de la doctrine et de la pratique de l’Église dans son approche de la sexualité humaine. (…) La doctrine considérant que les rapports sexuels ne sont moralement légitimes que dans le cadre d’un mariage légitime et dans l’ouverture permanente à la procréation, a en particulier conduit à une large rupture entre le magistère et les croyants. »

(B.7.2.): « L’auto-stimulation sexuelle n’est pas une forme d’amour uniquement centré sur soi mais une autre forme, importante, de la sexualité humaine, à côté des relations interpersonnelles. »

(B.8.9.) : « Dans l’Église, les actes de bénédiction pour les couples de même sexe sont controversés. C’est pourquoi, malgré le jugement négatif de la Congrégation pour la doctrine de la foi du 15 mars 2021, des rituels et des gestes de bénédiction spécifiques peuvent et doivent être trouvés pour d’autres formes de vie que le mariage ».

(B.8.5) : « Pour les personnes concernées, un deuxième mariage civil marque le début d’une nouvelle alliance pour la vie. »

(A.1.) : « Le fait que l’homosexualité (…) ne soit pas un facteur de risque pour les abus sexuels démontre ainsi la nécessité d’un changement de l’enseignement de l’Église en matière de partenariat et de sexualité ».

(A.2.1.) : « Trop de personnes croyantes (…) éprouvent (…) une distance qui ne peut plus être comblée entre les interprétations et les normes présentes dans l’enseignement sexuel de l’Église d’une part, et leurs propres expériences sexuelles d’autre part. Elles aussi font l’expérience de la manière dont la foi chrétienne permet des relations joyeuses et libératrices – même dans des configurations que le Magistère qualifie actuellement encore d’illégitimes. »

(A.2.3.) : « Cela correspond à la joie de vivre et à l’exigence des personnes ainsi qu’à leur droit de mener aujourd’hui leur vie de manière autonome et responsable. Ils se savent ainsi en accord avec la tradition biblique comme avec l’enseignement de l’Église, qui soulignent toutes deux la grande importance d’une vie autodéterminée et conduite de manière responsable. (…) Cela comprend aussi l’autodétermination dans le domaine de sa sexualité ».

(A.2.5.) : « Dans l’esprit de nombreux croyants, la morale sexuelle de l’Église est utilisée comme un instrument permettant d’exercer un pouvoir subtil ou manifeste sur la conduite de la vie des personnes. »

(B.1.5. Ligne directrice n°1) : « La dignité comprend le droit à l’autodétermination sexuelle (…) comme le respect de l’identité sexuelle – indépendamment de l’âge ou de l’orientation sexuelle concernée ».

(B.2.2.) : « Ce que l’on appelle habituellement l’appartenance sexuelle biologique, que l’on détermine “au premier regard” comme “féminin” ou “masculin” en se basant sur les caractéristiques sexuelles externes d’une personne, est le fruit d’un processus complexe dans lequel des facteurs génétiques et épigénétiques interagissent déjà et donnent pour ainsi dire d’eux-mêmes des variantes de ce qui est biologiquement sexué. Ils posent ainsi les bases d’une déclinaison potentiellement abondante de l’identité sexuelle biopsychosociale, dont le spectre possible pulvérise l’alternative entre “masculin” ou “féminin”. En tant qu’Église, nous devons respecter la compréhension personnelle que chaque être humain a de son identité sexuelle comme une partie intangible de sa ressemblance unique avec Dieu (Is 43,7) ».

(B.2.3.) : « Il est urgent de reconnaître l’égale valeur et la légitimité des orientations non-hétérosexuelles, de leurs pratiques et de leurs relations, (…) d’éliminer la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle.

De ce point de vue, il n’est pas seulement normal d’être différent, mais c’est aussi être différent qu’être normal ».

(B.4.5.) : « Humanae vitae (1968) Dévalorisation, et même délégitimation de tous les actes sexuels qui ne peuvent pas engendrer des enfants par eux-mêmes. Cela ne concerne pas seulement la sexualité entre personnes vivant l’homosexualité. Cela concerne également les personnes souffrant de handicaps (physiques), ou tous les couples mariés dont l’âge a dépassé depuis longtemps la limite de leur fertilité biologique ».

Lien vers le document original :

https://www.synodalerweg.de/fileadmin/Synodalerweg/Dokumente_Reden_Beitraege/SV-IV/SV-IV_Synodalforum-IV-Grundtext-Lesung2.pdf

Forum synodal IV – Texte pour l’action « Nouvelle évaluation magistérielle de l’homosexualité » (texte validé le 9 septembre 2020 ; 170 voix pour, 14 contre et 9 abstentions)

Citations originales extraites du texte pour l’action :

(24-26) : « L’orientation sexuelle appartient de manière inséparable à chaque personne humaine. Elle n’est pas choisie et ne peut pas être modifiée. (…) Comme l’orientation homosexuelle fait partie de l’humanité telle qu’il*elle a été créé(e) par Dieu, elle ne doit pas être jugée différemment, du point de vue de la morale, de l’orientation hétérosexuelle ».

(34-42) : « La sexualité génitale responsable dans les relations avec une autre personne prend pour modèle le respect de la dignité et de l’autodétermination, de l’amour et de la fidélité, de la responsabilité mutuelle ainsi que des dimensions spécifiques de la fertilité. Elle s’accomplit dans des relations qui visent l’exclusivité et la durée. La sexualité entre personnes du même sexe – y compris se traduisant par des actes sexuels –n’est donc pas un péché qui sépare de Dieu, et elle ne doit pas être jugée comme mauvaise en soi. Elle doit plutôt être jugée à l’aune de la réalisation des valeurs mentionnées ».

(84-92) : « L’état des sciences humaines est le suivant : l’homosexualité et la bisexualité ne sont ni des maladies, ni des troubles, ni quelque chose que l’on peut choisir. Il s’agit plutôt de variantes minoritaires naturelles des structures de préférences sexuelles des êtres humains. Ces préférences sexuelles (…) ne sont (…) pas modifiables. (…) L’homosexualité (…) est une variante de la norme et pas une “variante au rabais” (texte de base A 2.3). Cas normal, elle appartient à la création, bonne, de Dieu ».

(128-133) : « La (…) peur, résultant de la doctrine sexuelle de l’Église, qui accompagne jusqu’à présent ce thème (…) en général et celui de l’homosexualité en particulier, sont des causes systémiques des crimes d’abus dans l’Église. Car, dans de nombreux cas, le développement d’une sexualité mûre est ainsi entravé ou empêché. Le fait que l’homosexualité soit considérée jusqu’à présent comme un obstacle à l’ordination a notamment un effet entravant ».

Lien vers le document original :

https://www.synodalerweg.de/fileadmin/Synodalerweg/Dokumente_Reden_Beitraege/SV-IV/T9NEU_SVIV_13_Synodalforum-IV-Handlungstext_LehramtlicheNeubewertungVonHomosexualitaet-2.Lesung.pdf

Forum synodal IV – Texte pour l’action « Règlement général du service de l’Église »

(Validé le 9 septembre 2022, 175 oui, 8 non, 13 abstentions)

Citations originales extraites du texte pour l’action :

(65-69) : « Il convient d’introduire dans le Règlement général une clause de non-discrimination interdisant aux employeurs ecclésiastiques de ne pas engager une personne en raison de son identité sexuelle ou de son mode de vie personnel, ou de licencier un collaborateur ou une collaboratrice de l’Église pour ces motifs ».

(151-158) : « Cette assemblée synodale évalue aussi le remariage, l’intersexualité et la transsexualité, l’homosexualité et le partenariat entre personnes de même sexe qui y correspond de manière différente des textes officiels de l’Église publiés jusqu’ici (texte de base B.2.2-5, B.5.1-5, B.8.5-7). Dans cette perspective, l’adaptation du Règlement général ainsi que des pratiques en matière d’octroi de la Missio canonica et du Nihil obstat est une conséquence nécessaire qui ne peut être reportée davantage ».

Lien vers le document original :

https://www.synodalerweg.de/fileadmin/Synodalerweg/Dokumente_Reden_Beitraege/SV-IV/T8NEU_SVIV_12_Synodalforum-IV-Handlungstext_GrundordnungDesKirchlichenDienstes-2.Lesung.pdf

Forum synodal IV – Texte pour l’action « Expérience de la diversité sexuelle »

Texte validé en première lecture le 10 septembre 2022, 155 oui, 9 non et 12 abstentions

Citations originales extraites du texte pour l’action :

(Introduction) : « En s’appuyant sur les récits bibliques de la création et en mettant en accusation l’“idéologie du genre”, les personnes intersexuées et transsexuelles (mais aussi homosexuelles) sont de plus en plus exclues, pathologisées et méprisées. Le (…) Magistère ne connaît que la bisexualité exclusive, à partir de la forme d’un homme et d’une femme déterminée par des critères physiques. Ce faisant, le Magistère méconnaît ou ignore largement les connaissances issues de la psychologie, de la médecine et de l’anthropologie, selon lesquelles le sexe connaît également des variantes non binaires ».

(Amendement 2.1) : « L’anthropologie sexuelle normative fondée sur le droit naturel et sa légitimation par le recours aux textes bibliques de la création nécessitent une évaluation à la lumière des connaissances bibliques et théologiques modernes ».

(Amendement 2.2.) : « Les institutions catholiques, les personnes responsables de l’Église et les politiciens* catholiques ne doivent pas continuer à mépriser nos frères et sœurs transgenres et intersexes (mais aussi homo et bisexuels) dans la foi, en particulier en formulant des reproches en bloc contre l’“idéologie du genre” ou l’“agenda LGBTQI”. Par ce biais, on crée et on attise des images hostiles, ce qui, dans certains cas, s’accompagne même de violations des droits de l’homme ».

Lien vers le document original :

https://www.synodalerweg.de/fileadmin/Synodalerweg/Dokumente_Reden_Beitraege/SV-IV/SV_IV_-_Synodalforum_IV_-_Handlungstext.UmgangMitGeschlechtlicherVielfalt_-_Lesung1.pdf

Critique de la méthode utilisée jusqu’à présent

De nombreux évêques et laïcs veulent dissimuler l’agenda stratégique du « chemin synodal ». Ils se veulent rassurants : il ne s’agirait que de propositions, d’un processus ouvert et d’un dialogue ; le pape aurait naturellement le dernier mot ; il n’y aurait aucune volonté de se séparer de l’Église universelle. Mais le fait est que, puisque les évêques étaient sous pression en raison des scandales liés aux abus, les responsables d’associations et de comités ont pu imposer l’idée que, contrairement aux processus de dialogue antérieurs, les faits seraient désormais déterminés dans le cadre du « chemin synodal ».

La transposition pratique de tous les textes fondamentaux en directives concrètes a déjà été décidée et a déjà débuté dans quelques diocèses.

Le président du « chemin synodal » a annoncé qu’il présenterait quand même à Rome le seul texte qui a été rejeté lors du premier vote. A quoi sert-il de continuer à voter ?

Une nouvelle tentative pour des revendications connues depuis bien longtemps

Ce dont il s’agit, c’est de faire triompher le programme politique ecclésial et théologique des années 1970, et ce juste au moment où l’influence de l’Église régresse et en ignorant totalement ce que le reste de l’Église en pense. Cet agenda n’avait pas eu de succès lors des tentatives précédentes (la pétition du peuple de Dieu, les synodes diocésains, le processus de dialogue) car les évêques étaient jusqu’à présent restés attachés à l’enseignement de l’Église. Dans le cadre du « chemin synodal » actuel, le programme des réformes, connu de longue date (dissolution du mariage monogame, abolition du célibat, remise en question du rôle de l’évêque et du prêtre, introduction du sacerdoce féminin et reconnaissance des partenariats homosexuels), est très officiellement complété par la théorie du genre. Dans la presse, des exigences plus grandes encore sont formulées par certains protagonistes de l’assemblée synodale, par exemple par la présidente du « chemin synodal », qui a appelé à ce que l’avortement soit accessible partout en Allemagne.

Une crise de la formation théologique

Les théologiens – universitaires –employés et rémunérés par l’État échappent largement à l’influence des évêques allemands. La plupart d’entre eux s’efforcent depuis soixante ans de « moderniser » la théologie catholique. Pour ce faire, soit ils copient une théologie protestante qui reconnaît certes la nécessité de l’auto-Révélation de Dieu en Jésus-Christ, mais pas celle d’un magistère authentique de l’Église ; soit ils copient une théologie protestante qui, dans le sillage du rationalisme, rejette aussi la Révélation de Dieu dans l’histoire et n’admet que la raison autonome comme fondement des discours théologiques. Une théologie charismatique-évangélique est à l’inverse rejetée, vue comme du fondamentalisme biblique.

C’est pourquoi, depuis des décennies, de nombreuses doctrines relatives à la foi et aux mœurs ne sont plus du tout abordées dans la formation des professeurs de religion, des prêtres et des agents pastoraux, et donc plus du tout dans les cours de religion donnés dans les écoles et dans les sermons. Depuis le Concile Vatican II, il n’y a plus de catéchèse d’ensemble digne de ce nom, ni de journalisme catholique, ou alors seulement dans des niches isolées qui existent indépendamment du système de l’impôt d’Église. Peu nombreux sont ceux qui connaissent le Catéchisme de l’Église catholique.

De ce fait, la grande majorité des membres de l’Église qui payent l’impôt ecclésial ne savent rien sur les sujets suivants ou n’y adhèrent pas : le péché originel et ses conséquences, l’Incarnation et la filiation divine de Jésus Christ, sa mort expiatoire sur la Croix, sa présence réelle dans l’Eucharistie, son sacrifice lors de la messe. D’après un sondage récent, seuls 28% d’entre eux croient à la Résurrection du Christ et à l’existence d’une vie après la mort. Pourtant, le « chemin synodal » se réfère à tort au sensus fidei, le sens de la foi des membres baptisés de l’Église.

Révélation versus réalité de la vie

Le « chemin synodal » évite intelligemment de discuter de l’avortement et de l’euthanasie, ou encore de l’évangélisation, bien que le pape François ait plusieurs fois souligné l’importance de ce dernier point. Intelligemment parce qu’une discussion sur le contenu de l’Évangile, sur de vrais sujets de foi, mettrait en évidence l’incertitude et l’incroyance de nombreux participants. Ces réalités sont ignorées. Le sensus fidei présuppose des baptisés qui vivent de la foi et des sacrements – la spiritualité et la morale de l’Église en découlent.

Dans le cadre du « chemin synodal », ce n’est dans les faits pas la Révélation et sa transmission par l’Église qui sont considérées comme la source pertinente actuelle en matière de foi et de morale, mais la « réalité de la vie des hommes ».

La vraie foi en l’Église fait défaut : c’est pourquoi toutes les fonctions dans l’Église ne sont considérées que comme des positions de « pouvoir » et doivent, de ce point de vue mondain, être accessibles à tous de manière égale. Dans cette perspective, tout enseignement de l’Église présenté comme contraignant est considéré comme une violence à l’égard de la conscience ou de la raison autonome de l’individu. Le thème central de nombreux débats est la reconnaissance des partenariats homosexuels et de tous les partenariats sexuels possibles en tant que relations légitimes, au même titre que les relations conjugales, voire même voulues par Dieu.

Pourquoi les évêques participent-ils malgré tout à ce processus?

Quatre raisons manifestes expliquent le silence ou l’approbation de nombreux évêques à l’égard de ce processus, même s’ils ne sont pas toujours vraiment d’accord avec le contenu des documents et des décisions :

1/ La pression des médias. Quiconque s’oppose à l’agenda libéral doit s’attendre à être cloué au pilori publiquement. Certains évêques ont abandonné leur résistance initiale lorsque le « chemin synodal » a interdit – contrairement à ses propres statuts – les votes à bulletin secret lors de la dernière assemblée synodale, en septembre 2022 à Francfort. Certains ont en outre un intérêt personnel au thème le plus important du « chemin synodal » ; ils sont ouvertement invités à rejoindre l’alliance LGBT « Out in Church » et à se déclarer homosexuels, mais ils refusent jusqu’à présent de le faire. Le fait de se tenir tranquille et de participer est en outre loué dans les médias. Les partisans des décisions du « chemin synodal » sont jusqu’à présent épargnés par les médias même lorsque des expertises prouvent qu’ils ont commis des fautes graves. Ils n’ont pas à assumer la responsabilité personnelle de leur comportement et également de leurs erreurs en matière de traitement des abus. Car l’abus est – selon la rhétorique du « chemin synodal » – une « violence sexualisée » qui a sa « cause systémique » dans la structure et l’enseignement de l’Église en matière sexuelle. C’est donc le système et la doctrine qui sont responsables, non les personnes qui agissent.

2/ Des principes théologiques faibles. De nombreux évêques ne connaissent eux-mêmes que la théologie déficiente mentionnée ci-dessus et ne peuvent donc pas réfuter les affirmations ayant une apparence de vraisemblance présentes dans les documents. Certains d’entre eux considèrent que l’enseignement du magistère ordinaire de l’Église en matière sexuelle peut être modifié parce qu’il n’a pas été déclaré relever du dogme lors d’un concile ou par le pape ex cathedra.

3/ La préservation de l’impôt d’Église et de l’administration. Beaucoup d’évêques considèrent les 26 millions d’Allemands qui sont baptisés et qui doivent donc payer l’impôt d’Église comme des croyants, même si seulement 900.000 d’entre eux fréquentent l’Église de manière statistiquement prouvée. Ils essaient d’agir de manière à ce qu’il n’y ait pas davantage de mécontents qui quittent l’Église pour éviter de payer l’impôt ecclésial. En outre, nombre des 800.000 personnes qui perçoivent leur salaire dans des institutions ecclésiastiques devraient être licenciées si la condition pour être employé par l’Église catholique était d’avoir une vie de foi. Une modification de la doctrine concernant la foi et les mœurs semble être la voie la plus simple pour que ceux qui ne croient pas et ne vivent pas selon la foi puissent continuer à être employés par l’Église.

4/ La priorité erronée donnée à la conférence épiscopale sur l’évêque. De nombreux évêques se soumettent à la majorité de leurs collègues parce qu’ils considèrent à tort que la conférence épiscopale allemande est l’Église locale que le concile Vatican II a voulu promouvoir. Ils attendent donc du pape qu’il apporte depuis Rome une réponse aux questions sur lesquelles la conférence épiscopale allemande n’est pas d’accord. Dans le cadre du « chemin synodal », la résistance des évêques réticents doit être brisée par l’affirmation qu’il ne s’agit pas de nouvelles définitions allemandes de la doctrine de la foi et des mœurs, mais seulement d’idées que l’on souhaite présenter au pape. Pour la prochaine rencontre ad limina des évêques allemands en novembre 2022 au Vatican, les leaders d’opinion de la majorité ont désigné un porte-parole unique pour chaque forum synodal, chargé de présenter au pape le contenu des débats allemands, afin que les critiques du « chemin synodal » ne puissent même pas s’exprimer. Dans le même temps, certains évêques ont déjà annoncé la mise en œuvre des décisions du « chemin synodal » dans leur diocèse – bien que le processus ne soit pas encore terminé. On crée des précédents. Les évêques qui refuseront à l’avenir d’appliquer « volontairement » les décisions doivent s’attendre à une pression considérable de la part des comités de laïcs, des associations d’Église et de la presse. Si le pape répond différemment de ce que souhaite la majorité du « chemin synodal », les évêques confieront l’affaire à la conscience du curé ou du laïc concerné, comme ils l’ont déjà fait par le passé. Ainsi, la colère sera dirigée contre le pape, le départ d’autres contribuables de l’Église sera évité et la division de foi entre les baptisés sera dissimulée plus longtemps.